« La grand-mère d’Israël » Golda Méir

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« La grand-mère d’Israël » Golda Méir

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David Ben Gourion disait que c’était le seul homme de son gouvernement.
Devenue Premier Ministre, elle fut la grand-mère d’Israël, celle qui prenait des
décisions cruciales pour le pays dans sa propre cuisine, mais aussi celle dont la
brillante carrière politique s’est conclue sur l’une des pages les plus sombres de
l’histoire d’Israël: la guerre de Kippour.
Vous la connaissez certainement, pourtant revenons sur l’histoire de celle que les
Israéliens appelaient affectueusement: Golda.
Nous sommes au second jour de la guerre de Kippour, le 7 octobre 1973.
Golda Meir est Premier Ministre. Elle est encore sous le choc de l’attaque surprise
des armées égyptienne et syrienne, une attaque que les Renseignements militaires
israéliens n’ont pas prévue. Moché Dayan, ministre de la Défense lui dresse un
tableau apocalyptique : les forces égyptiennes progressent dans le Sinaï, l’armée
syrienne menace Tibériade dans le Nord.
Dayan est pessimiste: il évoque même la fin de l’Etat d’Israël. L’espace d’un instant,
Golda Meir se laisse entraîner dans ce pessimisme. Plus tard, elle révèlera même
que ce jour là, elle a failli se suicider. Mais elle va vite se ressaisir.
A coups de dizaines de cigarettes et d’un nombre incalculable de tasses de café, elle
va lutter contre le désespoir et faire montre d’un exceptionnel sang froid. Elle va
rassurer la population tout en prenant les décisions stratégiques qui permettront à la
guerre de Kippour de se terminer à l’avantage d’Israël.
Il faut dire que pour Golda Meir, combattre est presqu’une seconde nature.
Golda Mabovitch naît à Kiev le 3 mai 1898. Son père, modeste menuisier, ne
parvient pas à trouver un emploi fixe pour nourrir sa femme et ses trois filles
Au désespoir, il part seul tenter sa chance aux Etats-Unis en 1900. La séparation
dure trois ans. En 1903, la famille Mabovitch se réunit aux Etats-Unis et s’installe
dans le Wisconsin. A 15 ans, Golda se rebelle et quitte ses parents pour s’installer
chez sa sœur Cheina qui vit alors à Denver.
C’est là qu’elle va fréquenter un groupe de jeunes juifs socialistes parmi lesquels un
certain Morris Meyerson qui deviendra son mari. Golda devient représentante du
Wisconsin au Congrès juif Américain et multiplie les déplacements à travers les
Etats-Unis.
A l’occasion d’une visite de David Ben-Gourion, le couple prend la décision de
« monter » en Israël. En 1921, il embarque à bord du « Pocahontas », un vieux rafiot qui
va mettre 44 jours pour rejoindre la Terre promise !
Les premières années sont naturellement difficiles, égayées seulement par la
naissance de leurs deux enfants Menahem et Sara. Le grand tournant dans la vie de
Golda Meyerson se produit en 1928. Elle est nommée secrétaire général des
ouvrières au sein de la Histadrout, la puissante centrale syndicale. C’est là que ses
talents d’oratrice vont se révéler.
Golda devient une figure importante de la vie politique du Yichouv, le foyer national
juif. Elle parcourt le pays pour veiller à la défense du statut des femmes. Mais ses
déplacements vont avoir raison de son couple.
En 1943, Morris et Golda se séparent. Les enfants seront élevés par des proches ce
qui entretiendra chez Golda un profond sentiment de culpabilité durant toute sa vie.
En 1946, les autorités britanniques entreprennent des opérations de répression
massive contre les groupes armés sionistes.
Lors du fameux « chabat noir », les principaux leaders du yichouv sont arrêtés par les
Britanniques. Mais Golda est épargnée. Elle remplace Moshé Sharet au poste très
influent de directeur du département politique de l’Agence Juive. C’est à cette
fonction que Golda Meir se révèle dans toute sa dimension de « Femme d’Etat ».
Par deux fois en 1947 et 1948, Golda rencontre secrètement le roi Abdallah de
Jordanie. La première rencontre se déroulera le 17 novembre 1947, douze jours
avant le vote du plan de partage de la Palestine. Abdallah s’y montre très chaleureux
et Golda lui confie que l’Etat à venir verrait d’un très bon œil qu’il prenne, après le
partage de la Palestine, le contrôle des localités arabes du Pays.
Mais, lors de la seconde rencontre, plus tendue, le 12 mai 1948, le roi fait
comprendre à Golda, venue déguisée en femme arabe, qu’il a déjà signé un pacte
avec les autres pays frontaliers en vue d’attaquer le jeune état d’Israël. Le vendredi
14 mai 1948, jour de l’indépendance Golda Meyerson compte parmi les signataires
de la Déclaration lue par David Ben Gourion au Musée de Tel Aviv.
Au lendemain de cette journée historique, David Ben Gourion dépêche Golda aux
Etats-Unis pour collecter des fonds d’urgence auprès du judaïsme américain. Ben
Gourion confiera plus tard : « Je pensais qu’elle reviendrait avec 5 millions de dollars,
elle en a ramené 50 ! ».
Ben Gourion n’hésite pas à l’envoyer à Moscou, pour y représenter le jeune Etat
hébreu. On est en pleine dictature stalinienne et les juifs en sont tout
particulièrement victimes.Golda y est attendue tel le Messie.
En atteste la célèbre photo où on la voit devant la grande synagogue de Moscou
entourée d’une marée de juifs soviétiques venus exprimer leur solidarité avec l’Etat
naissant et surtout leur espoir en des lendemains meilleurs. En 1949, Golda Meir
devient ministre du Travail, un poste qu’elle occupera pendant 7 ans. Socialiste dans
l’âme, elle met en place les fondements de la législation sociale du pays.
Elle affiche une intransigeance absolue lorsqu’il s’agit de la Défense d’Israël,
cautionnant les opérations de représailles lancées par les unités d’élite de Tsahal
dans les années 50. Vingt ans plus tard elle restera fidèle à cette ligne organisant
l’élimination systématique de tous les auteurs de la prise d’otage lors des Jeux
Olympiques de Munich de 1972.
En 1956, à la demande de Ben-Gourion, Golda Meyerson hébraïse son nom et
devient Golda Meir. Elle poursuit son ascension politique et est nommée à la tête de
la diplomatie israélienne. Elle y restera jusqu’en 1966.
On est en pleine Guerre Froide et en pleine décolonisation. Dans ces deux dossiers,
elle impose Israël sur la scène internationale, initiant au passage une ambitieuse
politique africaine. Mais affaiblie par la leucémie qui la ronge, Golda renonce en 1966
à son portefeuille de ministre qu’elle cède à Abba Eban. Elle conserve toutefois son
siège de député.
Mais le hasard de la politique va lui offrir une nouvelle opportunité. En 1969, Levy
Eschkol, le Premier ministre de la guerre des Six jours, décède subitement, laissant
le parti travailliste en pleines divisions internes. Elle apparait rapidement comme La
candidate du compromis.
Golda devient la première femme premier ministre de l’Etat d’Israël, la troisième au
monde, montrant ainsi le caractère précurseur du jeune Etat. On la compare à Indira
Gandi qui à cette époque dirige l’Inde d’une main de fer. D’emblée, Golda va surfer
sur une vague de popularité exceptionnelle.
Elle décide de reconduire le gouvernement d’union nationale formé à la veille de la
guerre des Six Jours avec en son sein des leaders tels que Menahem Begin, chef de
l’opposition nationaliste. Sur la question palestinienne, elle se distingue par ses
positions radicales.
« Lorsque j’ai fait mon alya, disait-elle, le peuple palestinien, ça n’existait pas « .
Elle ne croyait pas au principe de « territoires contre la paix » et durant son mandat,
elle se refusera toujours au moindre compromis territorial avec les Palestiniens.
Golda Meir était persuadée que les Arabes ne voulaient pas réellement la paix. Que
leur seul objectif était la destruction de l’Etat d’Israël.
Ainsi, alors que le Secrétaire d’Etat américain William Rodgers tentait de parvenir à
un accord de paix entre Israël et l’Egypte, Golda avait déclaré sur un ton
sarcastique :
« Comme beaucoup de gentlemen, Mr. Rodgers commet l’erreur de croire que le
monde entier n’est fait que de gentlemen comme lui ».
Les Israéliens admirent le franc-parler de Madame le Premier ministre et d’année en
année, sa cote de popularité, ne cesse d’augmenter. A cela s’ajoute une très forte
popularité aux Etats-Unis tant dans la communauté juive que dans l’opinion. Pour
beaucoup d’Israéliens Golda Meir était loin d’être un canon de beauté mais elle
possédait un exceptionnel charisme qui séduisait de nombreux hommes, politiques
en particulier.
Son statut particulier de Première femme premier Ministre d’Israël lui permet
d’innover: c’est ainsi qu’elle tranchait de nombreux dossiers cruciaux dans sa
cuisine, en servant à messieurs les Ministres du Gefilte fish et de la soupe au poulet !
Sur le plan sécuritaire, le début des années 70 sera marqué par la guerre d’usure
avec l’Egypte le long du canal de Suez et par la multiplication des attentats
terroristes comme le massacre de l’aéroport de Lod. Mais l’événement majeur de
son mandat n’interviendra que sur le tard ; très exactement le 6 octobre 1973.
La guerre de Kipour
Le 25 septembre 1973, Golda Meir rencontre secrètement le roi Hussein de
Jordanie. Le roi, petit fils d’Abdalla que Golda avait rencontré avant la création de
l’état d’Israël la met en garde : « La guerre, dit-il est imminente ».
Mais Golda va balayer cet avertissement d’un revers de manche. Plus tard, elle
reconnaitra avoir été prisonnière de l’idée, alors très répandue selon laquelle, après
l’affront de 1967, les Arabes n’attaqueraient plus Israël. Et elle ne se le pardonnera
pas. Cette conception est tellement solide que même la veille de la guerre, le 5
octobre, alors que les armées égyptiennes et syriennes sont prêtes à l’assaut, Golda
ne donnera pas l’ordre de mobiliser les réservistes. Elle ne peut imaginer que ses
généraux, Moché Dayan et David Elazar se trompent…
Les premiers jours de guerre sont dramatiques. Mais une fois passée la stupeur,
Tsahal reprend le contrôle de la situation. Surtout, le président américain Richard
Nixon empêtré au Viet Nam, est bien résolu à ne pas se laisser piéger dans un
nouvel affrontement Est-Ouest. Un pont aérien se met en place et approvisionne
l’armée israélienne entièrement reconvertie depuis 1967 à l’armement américain.
Mais la guerre fait près de 3 000 victimes et laisse un traumatisme profond dans
l’opinion israélienne qui reprend conscience de sa vulnérabilité. Golda est
profondément affectée et bientôt critiquée. Les réservistes revenus du front, lancent
une vaste campagne de protestation contre l’impréparation de l’armée et la légèreté
du gouvernement.
La commission d’enquête Agranat fait endosser l’entière responsabilité des carences
à Tsahal et a son chef, David Elazar. Celui-ci mourra peu après, brisé par le chagrin.
Golda Meir quant à elle est bientôt contrainte à démissionner. Elle est remplacée par
Itzhak Rabin.
Ce retrait de la vie politique est fatal à la dame de Fer d’Israël. La maladie gagne du
terrain. En novembre 1977 Golda Meir aura encore le temps de rencontrer à
Jérusalem, Anouar El Sadate, venu signer une paix historique. A l’homme qui a
trompé sa vigilance en 1973, elle va remettre un cadeau pour le petit fils qu’il vient
d’avoir.
Le 8 décembre 1978, cinq ans presque jour pour jour après David Ben Gourion,
Golda Meir s’éteint. Elle est inhumée lors de funérailles nationales dans le carré des
grands de la Nation sur le Mont Herzl à Jérusalem. Golda, la Grand mère courage
d’Israël, celle qui a consacré sa vie à son peuple, et incarné comme Ben Gourion
l’idéal sioniste et socialiste, repose enfin en paix.
Source: Akadem